Lot n° 198
Estimation :
300 - 500
EUR
(JOHANNISME) JEANNE D'ARC, Plat d'apparat en porcelaine émai - Lot 198
(JOHANNISME) JEANNE D'ARC, Plat d'apparat en porcelaine émaillée polychrome et rehaussée à l'or
Figurant Ste Jehanne d'Arc dans la posture de la sculpture de S.A.R. la princesse Marie d'Orléans. Flanqué de rideaux à fleurs de lys. Dans le fond en arrière plan le village de la Pucelle, Domrémy.
Le bord montrant une frise de grecques et des coquilles.
Vers 1840-1848
39x39 cm
L'histoire de Jeanne d'Arc, religieuse et patriotique, connut une grande vogue au XIXe siècle. Le destin de la sainte toucha notamment la princesse romantique Marie d'Orléans, fille de Louis Philippe Ier et élève du peintre Ary Scheffer, qui s'essaya à la sculpture. Mais les tableaux montrant Jeanne se multiplient aussi aux expositions officielles de l'époque. "Les Pucelles sont en foule au Salon" note un visiteur de celui de 1819.
On peut voir dans cet engouement une réminiscence de la haine pluri-centenaire vouée à la Perfide Albion, ravivée par la défaite de Waterloo. De plus, Jeanne est considérée comme une sainte ayant œuvré pour la légitimation de la royauté, car elle permit à Charles VII d'être sacré roi. Ce récit est fort utile à la Monarchie de Juillet et prompt à déclencher des commandes royales pour les artistes qui s'en saisissent.
Les frères Scheffer exécutent en peinture de nombreux épisodes de la vie de la sainte.
Marie d'Orléans (1813-1839), fille de Louis Philippe Ier, se vit confier par son père la réalisation d'une sculpture à la gloire de Jeanne d'Arc. En effet, ce dernier entreprit de créer à Versailles des Galeries Historiques à la Gloire de la France. La figure héroïque de Jeanne devait y figurer en bonne place. C'est sous l'impulsion de Jules Michelet, précepteur de sa sœur Clémentine et fameux historien que Marie avait commencé à s'intéresser à la vie de Jeanne et fut touchée par son histoire.
Elle réalisa d'abord des statuettes figurant Jeanne à cheval puis en août 1835 commença son chef d'œuvre. Les chroniques de l'époque disent que le roi fut mécontent de l'œuvre proposée par James Pradier qu'il lui avait commandée et demanda alors à sa fille de la réaliser. Celle-ci, aidée de Scheffer choisit de manière originale de présenter Jeanne en guerrière, avec armure et épée, mais dans une attitude de recueillement empreinte de tristesse. C'est ce qui fit tout son succès lors de sa présentation au Salon.
L'œuvre fut sculptée en marbre par un praticien et offerte à la ville d'Orléans ou une réplique est toujours exposée. Elle fut connue par un dessin de Pierre Hébert puis par la gravure d'Aristide Louis après le Salon de 1839 qui couronna la jeune artiste toute récemment disparue (la princesse meurt en 1839). Son succès fut tel qu'on connut des versions répliquées en buste, en biscuit de Sèvres, ou bien en porcelaine émaillée comme notre exemplaire. L'engouement se poursuivit même après la révolution de 1848 et le Second Empire car on retrouve la figure de Jeanne employée à des fins publicitaires pour un catalogue de corsets vers la fin du XIXe siècle!
Notre modèle est dû à une main anonyme mais est datable de la fin de la monarchie de Juillet, peut-être peu de temps après la mort prématurée de la Princesse en 1839 car elle mentionne S.A.R. (son altesse royale), ce qui semblerait anachronique après 1848.
Bibliographie :
- DION TENENBAUM Anne, Marie d'Orléans: Princesse et artiste romantique 1813-1839, catalogue de l'exposition au Musée Condé, Chantilly, 2008, Somogy. voir fig. 61.
- MICHAUD FREJAVILLE Françoise, Jeanne aux panaches romantiques, in Bulletin de la société archéologique et historique de l'Orléanais, 16/131, 2002. p.3-18
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